
C'est là ! (0°05'40"N 37°03'41"E)
Ok maintenant on est en octobre 2024,on a notre terrain en
vue et on a fait notre demande de permis résident. Que l’aventure
commence !
Pour la maison, le vendeur du terrain nous recommande une
architecte locale et on lui confie notre projet. On a vu pas mal de maisons
locales, on aime beaucoup certaines caractéristiques architecturales comme les
immenses fenêtres métalliques à petits carreaux, les grandes hauteurs sous
plafond en makuti (du jonc ou du papyrus) et on sait aussi ce que l’on ne veut
pas comme les maisons kikuyus avec des dizaines de petits toits dans tous les
sens, des pièces biscornues et des micros fenêtres. Notre projet de maison
est quasiment ficelé car Xtian a repris en main son bon vieux logiciel de
design technique et après de longues soirées à faire des ébauches on arrive à
un projet qui tient la route et qui nous tient à coeur. Seul point critique que
l’on ne sait pas vraiment gérer : les toitures et charpentes qui vont
avec. Comment s’imbriquent les toits d’une maison en U. Ca nous parait simple à
gérer pour un archi : elle nous fait les plans définitifs, quelques
élévations en 3D, les plans électriques et fait la demande de permis de
construire auprès des autorités. Ouaf, 3 mois plus tard et quelques touffes de
cheveux en moins, on voit enfin le bout du tunnel mais le lion ne lui parle
plus et moi je puise dans mes réserves pour ne pas hurler à chaque plan. Il y a
des erreurs partout, comme un gamin qui ne sait même pas recopier. A croire qu’elle s’en fout de passer 3 fois
plus de temps que prévu sur un projet. 3 heures de rendez-vous à passer en
revue le plan électrique mais 4 aller-retours pour lui faire corriger ses
erreurs. Bon en même temps quand on lui parlait elle prenait des notes en pates de mouche sur un bout de plan pas à jour… tout va bien on reste zen !
Christian me dit depuis le début c’est pas possible qu’elle soit archi… il
n’avait pas tord on a découvert dernièrement en lui demandant sa licence
d’architecte pour faire enregistrer le projet officiellement que la licence
n’est pas à son nom, ni à aucune personne travaillant avec elle. Tout va bien…
tu vis au Kenya où tout est possible même avoir un cabinet d’architecte avec
pignon sur rue sans en être une. Par contre sur son devis figure des "facilitation fees" soit en clair le montant des dessous de table à payer au county pour avoir le permis. On a finalement eu le permis mi janvier mais il n’y a aucun
plan de plomberie… va falloir travailler directement avec le constructeur sur
place. Ca promet !
En parallèle tu cherches à comprendre pourquoi les
fondations de la maison sont si préoccupantes… et bien parce que le terrain est
sur une zone de Black Cotton Soil, comme une grande partie de la région, et ce
sol ben… c’est une calamité pour construire mais idéal pour la culture du
coton (d'ou son nom). Ce sol est fait de particules argileuses noires très très fines qui
retiennent l’eau gonflent et se rétractent. Le genre de truc où en camion tu
t’enfonces et on te retrouve à la saison sèche. Bref sans fondations adaptées la
maison craquelle. Ici tout le monde connait des maisons avec des
« cracks » plus ou moins réparables…
Face à ça il y des solutions comme les dalles flottantes, l’excavation
ou encore la maison sur pilotis. Bref ça sent pas bon donc on prend un gars qui
pendant 2 jours va faire des trous (genre 1 m² avec un piquet et une pelle à
manche court) sur le terrain pour savoir ce qu’il en est. Bilan: 3m d’épaisseur
de black cotton soil. Blurps ! Compte tenu de l’augmentation de la facture
on décide de retourner voir le vendeur du terrain pour négocier… parce que la
solution retenue c’est de creuser sur 3 m pour enlever cette terre, de faire
des murs de soutènement et de reremplir avec du « marram » une sorte
de tout-venant avec des cailloux. A partir de là on creuse un mètre de plus
pour les piliers que l’on relie avec une première poutre en béton à la limite
des 3 mètres et on monte avec une 2 ème poutre pour relier les piliers (il y en
a 28 en tout) au niveau de la dalle. Vous n’avez plus qu’à imaginer qu’on creuse
l’équivalent d’une maison souterraine mais sans cave parce que je vous rappelle
que ça bouge et que ça craque. Seul bénéfice c’est que sous la terrasse on va
faire un réservoir d’eau de 90 000l qui récoltera les eaux de pluie et
celle du forage qui nous alimentera. Voilà voilà, au passage on en apprend tous
les jours sur les noms des pierres de construction, des sources
d’approvisionnement, des risques associés comme les scieries qui ne sèchent pas
leur bois correctement ou ne le traitent pas correctement. A savoir il y a des
termites au Kenya.
Kirimi teste le terrain
Là encore pendant que je cherche sur internet les
équipements et les finitions à mettre dans la maison (genre plomberie,
peinture, sols…) Christian passe tout en revue sur les aspects techniques comme
le système solaire car la maison est 100% off grid, les biodigesters ( pas de
tout-à-l’égout ici), les systèmes de traitement d’eau… moi je vous le dis ça
occupe. Surtout qu’il faut trouver les bonnes sources d’info parce que le fundi
(technicien) local si tu l’écoutes il sait tout faire mais si tu lui poses une
question la réponse est parfois surréaliste. Et si tu lui poses la question 2
fois, tu auras 2 réponses très différentes mais tout aussi surréalistes.
Et à la fin quand tu penses avoir trouvé une bonne solution
tu la soumets au jugement de tes copains « mzungus » (blancs) qui
sont nés au Kenya ( autrement appelés les KC où Kenyan Cow boy) ou qui y vivent depuis très
longtemps. Le verdict tombe… bonne idée ou tu oublies ça va partir en couille.
Et vu leur expérience… ça compte.
Bref, les travaux ont fini par commencer il y a 1 mois (ouf !) et c’est un peu le contre la montre pour avancer au maximum les travaux avant les pluies. Non seulement difficile de travailler aux fondations sous des trombes d’eau mais surtout plus aucun camion de ne peut accéder au terrain sans prendre le risque de rester tanquer. Bref, chaque jour qui passe on croise les doigts. A ce jour on a eu quelques beaux orages tropicaux qui ont nécessité de remblayer le chemin d'accès avec des caillasses que 2 ouviers se sont empressés de concassés à la masse.
Fin mars nous avons quitté la jolie maison en location
depuis Aout pour retourner vivre dans le camion sur le terrain pendant la durée
du chantier parce que s’il y a un point sur lequel TOUT le monde est
d’accord : tu dois être sur place tous les jours et tout le temps si tu
veux éviter les mauvaises surprises. Vu que tout se fait « à
l’africaine »… ca peut vite déraper Un exemple ? Il y a un mois, le
constructeur (Françis) nous dit « j’ai fait le marquage de la maison selon
le plan venez voir ». Alors à savoir que l’archi n’est jamais venu sur le
terrain qui est couvert de bush, donc implanter la maison on a fait ça nous
même et un peu comme on pouvait ( merci
Google earth) puisqu’à moins d’être un dik-dik ( antilope naine) tu ne passes pas dans les
massifs d’acacias. Christian avait marqué l’emplacement de la maison sur un
plan avec des repères en x;y par rapport à la clôture…mort de rire quand on
arrive c’était pas bon vu que le constructeur ne sait pas ce que c’est qu’un
point positionné en abscisse et ordonnée. Première visite du chantier…. Le lion
crise, mais nous sommes là pour rattraper alors on se refait toutes les mesures
avec un mètre ruban de 50m dans les broussailles. A chaque angle il y a un
ouvrier qui nous court derrière et plante un gros piquet avec une masse. Puis
le constructeur nous dit qu’il va commencer le chantier par faire le chemin
d’accès entre le portail et l’emplacement de la maison pour que l’excavatrice
et les camions qui vont évacuer la terre tassent le tout-venant et ne détruise
pas tout. Sur le fond d’accord sauf que 3 jours auparavant il nous avait dit le
contraire et nous avait convaincu qu’il vallait mieux aller au plus court. En
30 minutes le lion a dû sortir l’ordinateur et calculer le tracé du chemin, qui
bien évidemment fait des courbes, et donner des points de repère pour faire les
mesures et planter d’autres piquets. Puis saupoudrer généreusement le tout avec
de la poudre de craie sur ce qui est censé être les bords de chemin. Au final,
48 heures après on a un beau chemin avec un rond-point devant la
« future » maison pour déposer les courses (hi hi hi ca fait réver
non ?). La pelleteuse n’a rien cassé et il a fallu 12 camions de 30 tonnes
de cailloux pour déblayer le black cotton soil enlevé.
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| Non ca n'est pas la piscine ! |
Depuis tous les matins on a une armada d’ouvriers qui débarquent vers 7h30. Après avoir creusé, les voilà en train de construire les murs de soutènement en pierre de Kinganjo. Ce sont des pierres très très dures taillées à la main. On en est à 4 camions de 40 t et c’est pas fini ! Et pour la maison il est prévu 600 sacs de ciment. On a aussi 2 jeunes femmes qui sont là tous les jours pour préparer de quoi nourrir tout ce petit monde. A 10h pause thé et chapati et à 13h pause déjeuner avec le plus souvent une belle assiette de choux, pommes de terre, carottes ou de l’ugali (sorte de polenta de mais blanc) ou d’un mélange haricots rouges, maïs, patate. N’oublions pas que le moral est dans la gamelle et vu le boulot il vaut mieux qu’ils soient bien nourris.
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| Echaffaudage fait main pour que celui d'en haut aligne le pilier avec un fil à plomb |
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| C'est juste la maison souterraine ! |
Il cassent les cailloux sous le réservoir d'eau !
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| Technique locale pour bloquer les coffrages... |
Pour Pâques, Francis a offert un repas de fête aux ouvriers: de la chèvre ! Et nous on offrait les sodas. Ce que je ne savais pas c'est que cette pauvre bête arriverait sur le terrain vivante le matin et serait égorgé sur place... puis bouillie et grillée. Autant vous dire qu'on a laissé notre part et on les a laissé déjeuner entre eux.
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| Patricia la cuisto à l'oeuvre! |
On n’en est qu’au tout début… et c’est une nouvelle aventure qui commence. En parallèle on a commencé à nettoyer le terrain à grands coups de sécateurs et de débroussailleuse. Christian a des courbatures dans les mains et le dos et à force de me planter des épines partout je bosse avec des manches longues même si je meurs de chaud. C’est pas triste car il y a des buissons d’acacias partout et des épineux de toutes sortes.
Côté construction on en apprend tous les jours… à
suivre !











































