mercredi 3 juillet 2019

Georgie : Tbilissi 6ème jour: Caucase 2- Citrouille 0



Nous voulions apprécier la Géorgie à sa juste valeur, prendre notre temps c’est chose faite… même au-delà de nos attentes.  Voilà plus d'une semaine que nous sommes coincés à Tbilissi à camper dans le « jardin » d’un hostel…en attendant notre prochaine étape vers l’Azerbaïdjan.

En effet, on vous avait laissé un peu dépité après notre tentative de boucle dans le Haut Caucase (à Ushguli) plutôt infructueuse et un peu cassante pour la Citrouille… nous étions cependant plein d’espoir sur notre 2ème tentative pour attaquer les montagnes et aller à Shatili. Et bien il sera dit que les montagnes du Caucase nous résisterons car après 70km de pistes franchement rudes et cassantes nous avons, là encore, dû renoncer les roues patinant dans un gros bourbier. Le lion a réussi à grimper les ¾ de la piste mais chaque lacet devenait plus profondément boueux et difficile à franchir pour notre gabarit. L’arrière glisse, s’enfonce, le pont se pose et la Citrouille tend à s’appuyer dangereusement sur le petit parapet de protection qui ne devrait pas résister bien longtemps aux 6t. Il faut dire que les orages qui s’abattent sur les montagnes chaque jour ravagent la piste et que les tractopelles et autres engins de chantier qui travaillent à l’élargissement finissent par la rendre franchement impraticable. C’est donc encore plus déçu que nous avons dû rebrousser chemin pour nous diriger vers Stepantsminda à la frontière russe. 






Jusque-là Il n’y a quand même pas de quoi se plaindre, c’est une bourgade au pieds des plus hauts sommets avec une vue sur le Mont Kazbegh, qui domine le Caucase du haut de ses 5047m d’altitude. De grandes prairies pour les bivouacs, pas mal de guests-house, quelques bars-restaurants, c’est le rendez-vous de nombreux randonneurs qui, du plus novice au plus expérimenté, parcourent les vallées environnantes ou se lancent à l’attaque du Mont Kazbegh. L’ancien nom de Stepantsminda est d’ailleurs Kazbeghi.


Monument de l'Amitie Franco-russe...








Après l'effort le réconfort...




C’est là que nous rencontrons Christian et Corine dans leur gros camion Kronos en route pour le Kirghistan. Et comme le monde est toujours plus petit que ce que l’on imagine, ils connaissent très bien nos amis Odile et Luc et leurs montures sortent du même atelier… Apéro, discussion, tour des camions et c’est là que le Lion s’aperçoit que notre amortisseur avant droit pendouille lamentablement. L’attache basse est cassée. Les pistes montagneuses sont définitivement cassantes. Les 2 Xtian vont donc mécaniquer de conserve pour sortir l’amorto et enlever le goujon cassé à la perceuse. Malgré une visite de tous les garages du coin, impossible de trouver un goujon de camion de même taille. Pourtant c’est pas ce qui manque les camions qui sillonnent cette route dite « La Route Militaire » entre Tbilissi et la Russie, mais nous devrons rentrer à Tbilissi sur 3 pattes…enfin presque parce qu’au retour du village vers le campement, un nouveau bruit suspect se fait entendre : Ressort de suspension arrière droit cassé et en plus le ressort de l’amortisseur avant gauche frotte sur le corps.  Comment vous dire qu’on a un peu le moral dans les chaussettes. Dur Dur après 300km de piste. Xtian et Corinne restent avec nous 24h de plus histoire de nous donner le coup de main nécessaire pour préparer les réparations et nous remonter le moral. Mais rien ne sera possible ici et nous reprenons la route doucement vers Tbilissi (150km) en ménageant la monture et en évitant au maximum les trous et bosses. Retour sans encombre si on exclue que le Lion a des crampes dans les mains et des courbatures dans les bras.
Entre temps nous avons reçu nos visas pour l’Azerbaïdjan, que Corine nous imprime (et oui quand tu roules en 13t, tu peux partir avec ton imprimante) et j’ai écumé google pour identifier les garages camions susceptibles de nous venir en aide.





Mais c’est le Lion qui aux abords de la ville remarque une grosse casse camion et décide de s’arrêter. Pas facile de se faire comprendre mais au bout d’un moment le garageux (qui se rappelle qu’il a appris le français à l’école et nous dit bonjour, et merci dans la langue de Molière) nous désigne un monstre tas de boulons, goujons, et écrous en tous genres rouillés ou noirs de graisse. A nous de jouer et de trouver notre bonheur là-dedans. A côté, une aiguille dans une meule de foin c’est de la gnognotte. Mais comme c’est jour de chance le Lion va mettre la main sur le bon goujon dans le bon acier (et oui… il y a des qualités différentes et c’est important) et même sur le bon boulon pour remplacer l’entretoise de 3 cm que nous avions perdu au passage. 2eme étape le remontage. Là encore le gars va mettre la main à la pâte et nous consacrer 2 heures de son temps. Résultat au top, l’amortisseur avant droit est maintenant réparé et le tout gratuitement car lorsque le Lion lui demande la note le gars répondra que pour les touristes c’est gratuit. Merci beaucoup Monsieur !

Et hop un amorto réparé !
Notre sauveur...
Hum... cette logique d'empilement m'épate.

Reste le ressort de suspension… pas une mince affaire car c’est un produit spécial 4x4 monté pour renforcer les lames. Après avoir écumer les concessionnaires « officiels », nous voilà partis pour une exploration approfondie du quartier des revendeurs de pièces auto : sans succès.  Reste encore une dernière piste : le marché aux puces de l’occasion. Une sorte d’immense dédale qui s’étend sur plus d’un kilomètre où l’on peut trouver tout ce qui se démonte sur une voiture. Des centaines d’estancots proposent un assortiment de pièces moteur ou carrosserie du plus petit ressort à la carrosserie complète, démonté ou à démonter sur la bête. Mais ne comptez pas sur eux pour vous aider, la plupart des vendeurs fument leur clope le cul posé sur un fauteuil de bagnole défoncé devant leur étal. Si vous voyez ce que vous cherchez tant mieux sinon c’est qu’ils ne l’ont pas…et ne savent pas non plus ou vous pourriez trouver votre bonheur. Après plus de 2 heures de recherche infructueuse mètre ruban en main par plus de 40° on abandonne. Nous devrons donc commander la pièce en France et nous la faire expédier.


Manque de pot Fabrice de Suspensions Sport est en congé pour la semaine, il répond quand même à nos mails. Il devrait nous envoyer le ressort sous 48h. Et voilà donc comment on se retrouve à passer la semaine... ou plus à Tbilissi. Dans notre malheur on a du bol car l’endroit où nous sommes est très sympa et pas cher (4€ la nuit avec eau, électricité, douche, cuisine…) avec plein de jeunes et d’autres voyageurs au long cours. Edouard un jeune français en moto en route pour la Mongolie en solo. Il attend son visa russe et son réservoir additionnel qui arrive de France et qu’il va faire monter ici. Il y a aussi James un anglais dont je n’ai pas encore compris depuis combien de mois il est à l’Hostel. Il prend des contacts pour importer du vin géorgien au Royaume Unis dans un contexte post Brexit (sic)à moins que ce ne soit pour monter un business d'obtention de visas iraniens et russes. Et puis il y a Alexandra, une australienne qui vit en UK mais qui est sur la route depuis un an. Elle fait l’accueil de l’Hostel en tant que volontaire. Nous avons aussi un coréen dont personne ne connait le nom, ni le son de la voix mais qui vit là depuis plusieurs mois. Invisible la journée il sort la nuit pour « méditer » sous les étoiles en buvant du soda et mangeant du pop corn. Une sorte de cours des miracles qui nous amuse et où il est facile de s’intégrer. Dés que nous aurons la certitude que le ressort est parti avec son numéro de colisage nous nous remettrons en route vers Bakou en attendant que le paquet arrive. Il nous faudra le dédouaner et repasser à la casse camion qui est équipé d’un Fenwick et pourra nous faciliter le remontage. Et bien voilà… c’est aussi ça les aléas de la vie sur la route. Heureusement nous avons du temps.


Autre mésaventure, le Lion continue à avoir des soucis avec ses crocs… Revisite chez le dentiste hier matin. Là encore on a du bol, les cliniques dentaires sont hyper modernes et le personnel anglophone super accueillant. En un temps record il est pris en charge, radio, auscultation et diagnostic (pour moins de 20€). Les travaux dentaires seront longs au retour en France mais pour l’instant on a des antibiotiques et des anti-douleurs.


Mais mis à part ces mésaventures la Géorgie est toujours aussi enchanteresse. Nous nous sommes efforcés de suivre le chemin des écoliers, enchainant les cols et les lacs avec de sympathiques bivouacs toujours entourés de nos copines les vaches et des rencontres sympathiques bien que parfois pas faciles. Quand tu te poses peinard au milieu de ce que tu crois être nulle part, il est quasi certain que tu vois débarquer un paysan local qui te baragouine un tas de trucs que seul lui comprend. Nous aurions du avoir la puce à l’oreille quand il a commencé à se faire une pichenette dans le cou avec pouce et index. Traduction de ce geste très local : on boit un coup ? Xtian, très en forme, s’est mis à mentir comme un arracheur de dents en disant « no no, no alcool ». Alors le gars se barre au bout d’un quart d’heure, nous sommes soulagés. Erreur : il revient 45 mn plus tard avec un copain, tout aussi allumé, 3 litres de son « vino domo » et même des gobelets et un pique-nique dans des sacs en plastiques… un peu de poulet, des préparations à base d’herbes et de fleurs marinées, des cerises. Nous voilà donc assis par terre en train de trinquer tout en essayant d’échapper à la tradition qui veut que tu boives cul sec ou que tu ne reposes pas ton verre avant qu’il ne soit vide. Leur enthousiasme fait plaisir à voir...mais leur capacité de descente aussi. En moins d’une heure la bouteille est vide. Qu’à cela ne tienne, il nous laisse son copain en dépôt et repart tant bien que mal chez lui pour chercher des munitions. On a beau protester rien n’y fait. Il reviendra une demi-heure plus tard avec une nouvelle bonbonne de 4L. Il nous faudra la menace de l’orage, force tonnerres, éclairs et la grande persuasion de Xtian pour le « remettre » dans sa voiture dans laquelle il s’effondrera pour la nuit. Nous aussi on va se coucher avec 2 aspirines en prévision. On l’entendra redémarrer vers 6 heures du mat en nous laissant les 3 litres de vin en souvenir. Ouf ! C’est parfois dur le contact avec la population locale.




Apéritif au Icewine georgien... le top

Monastère de Djarvi






Sur la route les villes se suivent et se ressemblent toutes un peu. Le plus souvent un ensemble des rues défoncées bordées par des kilomètres de tuyaux de gaz jaunes et de petites épiceries ouvertes 24/24. Des immeubles totalement décrépis dont quelques appartements demeurent habités au milieu des gravas témoignent de l’activité économique florissante au temps de l’occupation soviétique. Il ne reste aujourd’hui que usines désertées…et l’espoir d’une reconstruction adossée à l’Europe.

Euh vous avez remarqué avec quoi il coupe la viande ?

Gaz dans toutes les maisons... mais on préserve l'entrée !





Chiatura: télécabine pour aller skier !


Gori fait un peu exception à la règle. C’est la ville natale de Staline et il y a eu des années de controverses sur faut- il ou non développer le tourisme autour de l’oppresseur.  Le Musée a finalement réouvert, drainant un flot de touristes qui alimente l’économie locale. Finalement à quelque chose malheur est bon… Ce qui est encore plus intéressant c’est de suivre la visite « officielle » : une description on ne peut plus factuelle de la vie de Staline sans aucune allusion aux massacres, déportations liées à sa dictature. Cet homme est presque un ange.

Wagon personnel de Staline car il avait peur en avion !

Quand à Tbilissi c’est une capitale au style assez indéfinissable. Aux constructions de style soviétique répondent de vieux immeubles au style presque médiéval avec leurs longs balcons en bois sculptés mais on change de quartier et on tombe sur un boulevard haussmannien juste avant d’apercevoir les prémices du style arabisant avec moucharabieh et arabesques sur les façades. Et au milieu de tout ça quelques ovnis tous droits sortis du XXI ème siècle comme le nouveau théatre ou le pont de la paix. Le « Old Tbilissi » se transforme peu à peu en une sorte de Disney Land pour que les touristes aient un joli décors « ancien » avec tout le confort moderne. Des rues sont rénovées pour devenir entièrement piétonnes bordées de bars, restaurants et caves à vin où l’on se fait gentiment interpeller à tout heure du jour ou de la nuit… car ici tout est ouvert 24/24 et 7/7. Dans les quartiers populaires (ceux où il y a des épiceries et pas des bars à vin) les épiciers vivent encore à l’arrière de leur magasin et les membres de la famille se relaient pour assurer permanence. Inutile de se demander quel jour nous sommes pour faire les courses ou quelle heure est-il. A tout moment il est possible d’aller acheter de la bière du pain ou des légumes. Nous prenons finalement plaisir à avoir une sorte de rythme quotidien qui s’ancre dans un quartier. Mais espérons cependant que nous aurons rapidement des nouvelles du colisage afin de reprendre la route sachant que nous devrons revenir à Tbilissi d’ici 3 semaines pour finaliser les réparations.
On vous tiendra au courant mais en attendant… le ressort, on vous bise tous !



 




Eglise orthodoxe de la Ste Trinité


Nouveau Théatre sur fond de palais présidentiel

Pont de la paix









 





Et à mon grand plaisir, il y a plein de street art à Tbilissi, car le gouvernement encourage les fresques pour recouvrir les batiments soviétiques.



















Et voilà notre nouveau copain à poils...



Bisous à tous les amis !


Breaking News : ce matin nous avons visité le Musée d'art moderne qui franchement mérite une note spéciale. 2 belles expos. 
Une expo photo de Jonas Bendiksen qui a suivi pendant 5 ans 7 personnages qui se prétendent être "Jésus" ressussité. Au 4 coins du monde, certains ont des milliers de followers, et sont milliardaires d'autres règnent sur une mini-communauté de disciples mais tous sont inspirés...

Bresil

Afrique du Sud 

Zambi
USA

UK

Russie

Et une expo d'un sculpteur/peintre géorgien mais citoyen russe et grand ami de Poutine : Zurab Tsereteli. Artiste contemporain mondialement connu mais assez controversé il présente une oeuvre d'une sacré énergie, des réalisation monumentales et colorées dont les influences revendiquées sont Picasso, Malevitch, les expressionistes. On lui doit notamment le Jean Paul II à ND de Paris.





2 commentaires:

  1. Chouette trip malgré les petits ennuis mécaniques.
    Bisous !

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  2. En catch up mode sur vos article.
    Premiere photo du lion avec un verre mais sans sourire.
    Keep the news coming !

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