dimanche 4 août 2019

Arménie :La Bohème, la bohème...


Jeudi 25, après 4 jours de pause au Tbilissi Yard Hostel, un lieu et un quartier où l’on se sent un peu comme à la maison on finit par s’arracher « définitivement ». Enfin, on ne sait jamais mais à priori on ne devrait pas y revenir. En route pour le garage afin de remplacer le ressort de suspension cassé par celui que Georgi a reçu pendant notre absence. Il s’agit d’un gros garage DAF mais on doit faire pitié car ils nous trouvent un créneau et s’attellent à la tache illico avec le Lion. Environ 2 heures après c’est bouclé, la citrouille est à nouveau sur 4 pattes et ne balance plus à gauche. Oouf ! Coût de l’opération 15€… on ne s’en sort pas trop mal.


Allez quelques photos de Tbilissi avant le départ :

History Georgia Memorial...
La plage de Tbilissi Sea, un grand lac en banlieue de la capitale


Avant de nous diriger vers l’Armenie on décide de visiter le Monastère de David Garedji qui se situe sur la frontière avec l’Azerbaïdjan. Ce Monastère bâti par un des 13 Pères Evangélisateurs partis de la Syrie pour christianiser le monde est constitué de plusieurs chapelles et cellules troglodytes répartis sur les 2 Etats. Il a longtemps fait l’objet de discussions car le bâtiment principal est en Géorgie et les chapelles sont réparties sur la crète de l’autre côté de la frontière. La vue 360° sur le désert alentour est époustouflante. On arrive le soir est on se pose sur le parking désert comme il se doit pour faire la ballade dès le matin et ainsi éviter les cars de touristes qui n’arrive de Tbilissi qu’en fin de matinée.



Le lendemain réveil tôt et départ avec un vent à décorner les bœufs. Pas bon signe… le sentier pour accéder à la crête est une sacré bavante et je me dis que je suis contente que la ballade soit une boucle et donc ne pas avoir à le redescendre. Après 1 heure de grimpette et en vue du sommet nous sommes arrêtés par une patrouille de militaires géorgiens qui nous annonce que le sentier est fermé : impossible d’accéder à la crête et aux chapelles. On a beau discuter, ils nous montrent les patrouilles azéries au sommet et confirment ainsi que nous n’irons pas plus loin. Impossible de savoir pourquoi mais on est quitte pour redescendre. Grrr !




Direction la frontière donc à 60 km de là. En route nous sommes sollicités par des camionneurs qui s’agitent comme des beaux diables sur le bord de la route. Ils se sont enlisés dans un étang et nous demandent de les aider à sortir. On n’est franchement pas chauds mais on décide d’aller voir et on s’engage sur le chemin. 1ère flaque, on passe à droite et… on s’enlise complètement dans la boue. Le gars nous dit alors qu’il fallait passer à gauche car c’est du gravier. J’ai cru que le Lion allait le manger… tu crois qu’il nous l’aurait dit avant ?  On est bon pour tomber les chaussures et descendre dans le bourbier pieds nus. Impossible de sortir de là, même en se mettant à pousser devant à 4, on dégonfle donc les pneus. Pendant ce temps le chauffeur se remet sur la route mais, pas con, aucun autre camion ne s’arrête.  Désespérés on se dit qu’il va falloir sortir les plaques à sable ce qui ne nous enchante pas du tout vu les conditions. Au dernier moment, le chauffeur du camion demande à Xtian s’il peut essayer de conduire. Tout le monde devant et on pousse. Au miracle, il accélère à fond, gansaille le volant dans tous les sens, un coup marche avant, un coup marche arrière et au miracle il arrive à sortir la Citrouille de son merdier dans une grande gerbe de boue. Le Lion reprend le volant et finit par sortir le camionneur de son étang. Eclats de joie, effusions, remerciements et pfiuu, les voilà qui disparaissent comme des voleurs. Nous, il nous faudra encore plus d’une heure pour tout remettre en état. C’est-à-dire nettoyer la sangle, le poste de conduite, les roues, nos jambes, regonfler les pneus…et tout ranger. On les maudit encore !



Mais comme une journée de m…. est une journée de m….. et bien les galères n’en finissent pas et on se prend un PV à Roustaveli pour avoir franchi une ligne blanche en tournant à gauche. Quand on sait comment les géorgiens conduisent on hésite entre hurler et pleurer. Mais face à la police… pas beaucoup de marge de manœuvre. Résultat 50 Gel à payer à la banque… qui est en face. En Géorgie tu peux tout faire à partir de bornes automatiques : payer tes impôts, tes factures de tout, recharger ton tel… et payer tes amandes. Ca c’est fait, soit 15€.

Roustaveli... sympa comme ville, non ?

Enfin on arrive à la frontière, tout se passe super cool (heureusement) mais il nous faut prendre une assurance pour la voiture et là c’est arnaque totale. Tu es pieds et poings liés alors te faire payer 75€ pour un mois… même pas peur, sans parler des 20€ de taxe écologique (si si vous avez bien lu…). Tu as beau râler, c’est la même.

Bon on se calme et on décide d’aller se poser dans les montagnes, vers le Monastère de Goshavank. Nuit calme… qui nous fait du bien. Le lendemain c’est visite de notre 1er Monastère arménien… un début parce que d’après ce que l’on a vu si tu aimes ça tu peux en voir des centaines. Il y en a partout des plus ou moins connus, plus ou moins réputés pour leur Saint, plus ou moins actifs, avec une plus ou moins belle vue alentours, bref le tourisme religieux est un incontournable. En ce qui nous concerne on n’a pas prévu de tous les faire et notre principal critère de choix repose sur le décor alentours ou la route qui y mène.


Je sais pas qui c'est mais il fait peur...

Monastère de Goshavank

Eglise de Sevanavank
Alors hop en voiture Simone et direction le Lac Sevan une sorte de mer intérieure immense qui ressemble en cette saison à Palavas Les Flots du moins du côté de la ville de Sevan. Et comme on a perdu le sens des semaines, non seulement c’est la saison estivale mais en plus c’est dimanche. C’est une immersion directe dans le tourisme de masse arménien. Des centaines de familles, groupes d’amis s’agglutinent sur de minuscules plages autours de tables de pique-nique aménagées avec des bâches bleues pour protéger du soleil et des barbecues. Leurs voitures regorgent de victuailles et une fois vides le coffre sert aussi à faire la sieste. Difficile de décrire le bordel ambiant avec des dizaines de voitures qui crusent le long de la plage sur des chemins pas plus larges de chemins de halages. Un joyeux concert de klaxon semble réguler la circulation. Dans l’eau, à 2m du bord, se côtoient pédalos, baigneurs, jet ski, bateaux…  et sur terre tout ce beau monde rit et papote dans un nuage de fumée saveur kebab. Sur les barbecues grillent de gigantesques brochettes de viande et des tas d’aubergines, poivrons, tomates et autres légumes. Le tout arrosé de bière locale si ce n’est de vodka… En fait il est même difficile de trouver un « vrai » restaurant car la plupart des établissements ne font que louer ces emplacements de pique-nique à la journée. Pas un n’est libre… Après avoir réussi quand même à boire une bière et manger une brochette on décide d’essayer de trouver un emplacement plus calme pour bivouaquer. On n’est pas franchement optimiste et on se prépare à un pis-aller mais que neni en s’éloignant de l’agglomération et surtout de la nationale qui relie le Lac à Yerevan on trouvera une sorte de presqu’île bien moins fréquentée et sur laquelle nous serons les seuls à partir de 6 h du soir. Le bonheur…



Préparation des brochettes... c'est du sérieux

vous avez dit "embouteillage"?

Ouf! Le calme de fin de journée

Avec en prime un magnifique coucher de soleil

Nous continuons de suivre la rive du Lac en nous arrêtant ça et là pour une visite touristique comme une chapelle qui surplombe les eaux ou le cimetière de Noradouz, réputé pour sa collection de Katshkars, ces stèles funéraires ciselées dans la pierre comme de la dentelle, caractéristiques de l’Arménie. Ici les plus anciennes remontent au IX siècle et une légende raconte que pour faire face à une attaque du guerrier turco-mongole Tamerlan, au XIVème siècle, les habitants du village ont posé sur chaque stèle un casque et une épée. De loin l’ennemi a cru avoir à faire à une armée bien organisées et a décampé aussitôt.

Hayravank Monastery

Et toujours les eaux turquoises du lac Sevan

Katshkars du cimetière de Noradouz

Quand tu gardes les moutons dans le cimetière à l'ombre des Katshkars

Quand vient le moment de faire quelques courses, on s’aperçoit que les épiceries de campagne ne sont pas aussi bien achalandées qu’en Géorgie et il nous faut en faire 5 pour arriver à trouver ce dont nous avons besoin. Le plus dur étant un litre de lait. La vision des brochettes de la veille a réveillé en nous une envie de viande et grâce à Google trad nous tentons de trouver une boucherie. Je ne peux vérifier l’exactitude de la traduction en arménien de ma demande (où puis je acheter de la viande ?) mais mes interlocuteurs dans la rue rient beaucoup en lisant mon téléphone. Cependant ils nous dirigent tous dans la même direction… on finira par trouver l’estancot du boucher (oui oui un estancot) qui nous accueille tout sourire devant son vieux billot de bois et son quartier de bœuf.  Le temps que l’on comprenne que l’on n’a pas le choix et que l’on se décide, on se retrouve avec 2 shots de vodka en main en train de trinquer et hop cul sec. Erreur, pour nous faire patienter le temps de nous servir, 2ème tournée. Il nous prépare ensuite 2 petites cotes de bœuf soit 1 kilo de viande pour la somme de 4€. Et comme il est très content de servir des français, il nous fait gouter son « domo vino », c’est-à-dire un petit verre de vin rouge qu’il fait lui-même un peu sucré. Xtian lui dit qu’il est très bon, du coup il nous fourgue le reste de la bouteille dans le sac. Il est 14h30 et moi je vous le dis c’est pas facile le quotidien en Arménie. Si tu ne fais pas gaffe c’est un truc à finir alcoolo.

Bouteilles d'eau de vie au supermarché...

Direction les montagnes et le Col de Selim avec son Caravansérail du XIVème siècle posé au sommet. Une merveille très bien conservée. Nous sommes sur la route de la Soie, il est assez facile d’imaginer les voyageurs avec leurs chameaux et leur précieux chargements traverser ces montagnes pelées sans doute balayées par le blizzard en hiver. Le Lac de Sevan se trouvait déjà à presque 2000m d’altitude et nous sommes maintenant dans un paysage de montagnes toutes rondes et dorées. C’est l’époque des foins et de partout les paysans « tondent » les prés…à la tondeuse ! De vieilles machines font les bottes et nous ne cessons de croiser des camions poussifs au chargement plus qu’incertain. Chaque rencontre est l’objet d’un échange de coups de klaxon. Ce soir ce sera bivouac sauvage au sommet de la passe dans un paysage magnifique et avec de quoi célébrer dignement (presque il nous manque les bulles) l’Anniversaire du Lion !



Le Caravansérail


Vue du Col de Sélim

Couple de paysans qui tiennent leur boutique en face du Caravansérail. Super sympas...

Rencontre au sommet




Cascade de Jarmuk
Pour la suite nous allons continuer à nous diriger vers le Haut Karabagh, cette République auto-proclamée de Transcaucasie depuis 1991 et majoritairement peuplée d’Arméniens. Seuls 3 Etats dans une situation identiques la reconnaissent : La Transnistrie (en rupture avec la Moldavie), l’Ossétie du Sud (en rupture avec la Géorgie), et l’Abkhazie (en rupture avec la Géorgie).En fait c’est une terre historiquement arménienne mais durant l’occupation soviétique, Staline a décidé de la donner à l’Azerbaïdjan. Depuis la population n’a cessé de réclamer son indépendance ou son rattachement à l’Arménie. Le Haut Karabagh est la source du conflit armé entre les 2 états même si une trêve a été signé en 1994. Inutile d’essayer d’entrer en Azerbaïdjan si vous avez été au Haut Karabagh auparavant. Donc en se dirigeant vers la frontière iranienne, on est en fait dans une sorte de corridor coincé entre le Haut Karabagh et le Nakhitchevan qui est une enclave d’Azerbaïdjan entre Arménie et Turquie. Bon vous me suiviez ? Parce que je reconnais que dans la région la situation politique n’est pas simple… et les passages de frontières parfois compliqués. De fait, nous avons dû revenir en Géorgie depuis l’Azerbaïdjan pour passer en Arménie et nous devrons revenir en Géorgie à nouveau pour passer en Turquie. Entre temps nous allons faire un aller-retour vers le sud de l’Arménie. 




Site de Zorats Karer, le Stonehedge arménien

Cascade de Shaki
 


Les paysages sont uniques faits de chaînes montagneuses brulées par le soleil et percées de profonds canyons où s’étirent de longues coulées vertes sur les berges des rivières. De loin en loin des monastères affleurent sur les contreforts. Les villages sont rares, assez pauvres, mais la beauté des lieux est remarquable. La température en journée dépasse les 40° mais heureusement la nuit on retrouve une relative fraîcheur due à l’altitude et parfois à des orages.




Monastère de Vorotnavank

Melik Tangi Bridge à Vorotan
Les montagnes de basaltes font de bien étranges dessins

Comme on ne se refuse rien après cette incursion dans le Sud nous faisons un pause dans un sympathique camping histoire de socialiser à nouveau. Chouette endroit avec une piscine (le luxe !) et à quelques kilomètres du Monastère de Noravank. L’occasion de faire une rencontre avec 3 jeunes étudiants chinois musulmans originaires du Guizhou qui profitent de leur voyage en Iran (ils étudient le Perse et l’Arabe) pour faire un tour en Arménie. Leur anglais est très limité mais ils n’hésitent pas à inviter les autres guests et cuisineront pour nous un délicieux hot pot. Résultat une super soirée dont l’invité de marque est… Google Trad ! Et comme on aime bien socialiser le lendemain on continue avec un jeune couple arménien en vacances, lui est prof de philo et elle étudiante en photographie. Discussion et bière autour de la piscine et alors que l’on s’apprête à « finir » quelques restes pour le repas du soir, ils nous invitent à les rejoindre. Sans que l’on s’en doute ils nous ont concocté un sympathique repas avec quelques verres de vins arméniens. Décidemment, encore une belle soirée pour échanger et profiter de l’instant présent. Merci à eux !

Copain du camping... un peu squatteur !



Apéro time

Soirée sino franco arménienne !
Monastère de Noravank


Détail d'un katshkar



Ce jour nous venons de rallier le Monastère de Khor Virap à la frontière turque avec une magnifique vue sur le Mont Ararat même s’il a la tête dans les nuages. Nous ne sommes pas installés depuis 2 heures sur une colline proche du village que nous avons eu la visite de Adelina et de son maître. Une superbe chienne husky de 2 ans avec 2 de ses "petits" de l’an dernier. On a passé un bon moment à « échanger » avec leur maître qui après nous avoir indiqué où il habite au cas où nous aurions besoin de quoi que ce soit, est revenu nous offrir de pots de confitures maison et nous présenter Panda, le dernier né de Adelina. Super bébé husky de 40 jours. Il n’est pas aussitôt reparti qu’une autre voiture est arrivé avec l’entraineur de foot des enfants du village venu nous « parler » de Platini, Zidane et Griezmann. Ca nous change parce que depuis notre arrivée en Arménie des que l’on met un pied dans un resto, on a droit à l’intégrale de Charles Aznavour. Je n’ai jamais autant écouté La Bohème de ma vie. A part ça comme un arménien ne sait pas venir les mains vides il nous a porté une pastèque (au moins 5 kg) et un melon (environ 2 kg), j’ai réussi à lui faire comprendre que nous avions de quoi boire parce que sinon il revenait avec des bonbonnes d’eau et du vin. Bon je crois que l’on ne va pas manquer de fruits pour les jours à venir… reste que ce qui manque le plus c’est la place dans le frigo. 

Monastère de Khor Virap

Bivouac du jour avec vue sur le Mont Ararat ( debout à 6h15 du mat pour qu'il soit dégagé: dur dur)

Les champions du foot! 
Tant de gentillesse spontanée et de générosité sont vraiment touchantes alors même que l’on ne peut échanger que quelques mots. C’est ça la richesse des voyages, autant de beautés naturelles que de beautés humaines.

Voici Panda, 40 jours...

Et sa maman Adelina
Allez les amis, on va maintenant profiter d’une fin après midi calme pour faire quelques essais de sangles.

Bises à tous et à bientôt !!

Bisous !


3 commentaires:

  1. j'aime bien les photos où Xtian s'essaye à jouer la coccinelle de Gotlib. Bisous. TCL

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  2. LEs paysages sont magiques, merci du partage.

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  3. Extra! On vous embrasse les amis.
    Anne et Brice

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