jeudi 4 novembre 2021

Romania : Bine ati venit si drum bun !

 


Et bien voilà, cette après-midi de libre entre notre visite aujourd’hui au comte Vlad l’Empaleur (dit Dracula) et celle demain du plus grand sanctuaire d’ours bruns au monde me parait tout indiqué pour vous donner quelques nouvelles. Pour ceux qui suivent, nous sommes arrivés en Roumanie il y a maintenant presque 15 jours et c’est un grand changement. Premier changement on recommence à comprendre ce qui est écrit sur les panneaux et dans la rue. Oui le roumain est une langue latine et si je puis me permettre ça ressemble pas mal à du sarde, non pas que je sois une spécialiste du sarde mais en tous les cas je m’y retrouve plus qu’avec le hongrois. Deuxième changement, la dimension du pays, ici on va éviter les allers-retours, chaque centimètre sur la carte compte, d’autant que sur les routes ça change aussi. Il n’y a pas que la langue qui est latine. Le type de conduite des autochtones est aussi très typé Fangio, sans compter qu’il faut partager la route avec les charrettes tirées par les chevaux, les vaches qui paissent sur le bas-côté, les nombreux chiens qui dorment au soleil sur le bitume (quand il y en a ou sur la terre chauffée par le soleil) et quelques troupeaux de moutons qui sont ici chez eux. Bref pas le temps de s’ennuyer surtout que les caniveaux ressemblent plus à des fossés. Troisième changement l’espace. Ici on ne se pose pas la question du bivouac, si le pays est un peu plus grand que la France, la population ne dépasse pas les 20 millions d’habitants. La nature est partout autour de nous et nous offre des paysages automnaux impressionnants de beauté. Et les Roumains ne semblent pas dérangés par notre présence dans les prairies, sur les bords de rivière, au sommet des collines. Chaque berger nous salue, et les tracteurs nous passent à côté en souriant. Que du bonheur.

Copains de route :




Nous avons commencé notre périple par Timisoara qui figure en nos mémoires comme la première « ville libre » suite à la révolution de 1989. Mais aussi celle de la manipulation des médias avec la malheureuse histoire des « charniers » de Timisoara, qui se sont révélé être une sinistre mise-en-scène. Aujourd’hui il règne une douce atmosphère à Timisoara avec ses nombreux bâtiments baroques qui bordent la Place de l’Union et témoignent d’une histoire riche mais mériteraient une vaste campagne de restauration car ils sont tous en ruine. Le centre piétonnier regorge de bars lounges, et de restaurants dont les terrasses laissent penser que le soir il règne ici une atmosphère plutôt branchée. Ca tombe bien car Timisoara sera la capitale européenne de la culture en 2023.Nous ne sommes que de passage et nous allons passer notre première soirée au bord d’une rivière à une dizaine de kilomètres plus au sud… en route pour le Danube qui marque la frontière avec la Serbie.




En fait on ne sait pas trop si nous suivons le Danube ou c’est lui qui nous suit. Depuis notre départ et notre premier stop à Ulm en Allemagne nos routes ne cessent de se croiser. Aussi, nous avons décidé de l’accompagner jusqu’au bout de ses 2850 km et notre itinéraire roumain nous mènera jusqu’au Delta du Danube pour le voir se fondre dans la Mer Noire à la frontière avec l’Ukraine. Mais pour l’instant ce qui nous intéresse c’est de passer « les Portes de Fers » (Portile de Fier en roumain), un endroit ou le fleuve passe dans des gorges avec d’un coté la Roumanie et de l’autre la Serbie à portée de main. Les paysages sont magnifiques et la route est bordée de pêcheurs qui installent leur caravane et tout leur barda sur le bas coté histoire de surveiller au plus près leur dizaine de cannes à pêche. Ni la circulation sur la route, ni les longues barges sur le fleuve ne les perturbe. Malheureusement les tas de détritus qui jonchent les bas-côtés ne semblent pas les déranger non plus… et oui ici c’est clair les gens ne semblent pas soucieux de l’environnement et il y a des ordures un peu partout. S’il arrive que Xtian fasse le ramassage des déchets dans les coins où nous bivouaquons là, il est clair qu’il vaut mieux passer son chemin sinon un sac ne suffira pas. Heureusement jusqu’à présent on a réussi à trouver des endroits acceptables.







A la sortie des gorges nous remontons la vallée de la Cerna pour voir Baile Herculane (Les Bains d’Hercule), une des plus anciennes stations thermales d’Europe puisqu’elle remonte à l’époque romaine mais aussi lieu de villégiature privilégié de l’Impératrice Sissi et de l’Empereur François Joseph. Elle a connu son heure de gloire au XIX avec des infrastructures fastueuses qui témoignent d’un passé luxueux mais dont il ne reste que des ruines désaffectées qui semblent s’être endormies pour toujours. Les anciens thermes font partis de ces lieux abandonnés dont le charme ne meurt jamais, il s’en dégage une atmosphère désuète renforcée par la présence des massifs hôtels de bétons de l’ère communiste qui, à leurs tours, tombent en ruine. 







Dans ma « todolist » des incontournables de Roumanie il y a 2 routes mythiques, la Transalpina et la Transfagarasan. L’une et l’autre traversent le massif des Carpates du Nord au Sud (et réciproquement) et l’une et l’autre sont fermées à la circulation en hiver. Renseignements pris, il nous faut un peu hâter le pas si nous voulons les faire car la fermeture est imminente sinon déjà opérationnelle.

La Transpalpina (DN67C pour les connaisseurs) est la plus haute route de Roumanie, appelée aussi la Route du Roi, construite pendant la 2nde guerre mondiale elle culmine à plus de 2000m d’altitude et relie l’Olténie à la Transylvanie. Elle n’a été goudronnée qu’en 2012 et à notre grande surprise la route est en super état et nous offre un bivouac de rêve en dominant la vallée. Malheureusement nous arrivons trop tard pour constater à Ranca que sa partie la plus haute est déjà fermée. Demi-tour mais comme rien ne nous arrête on va contourner l’obstacle en remontant la vallée du Jiu pour aller récupérer la Transalpina un peu plus loin. Finalement, seuls 25km (certes les plus impressionnants) nous aurons échappé mais pour le reste on en prend plein les yeux.







Et comme on ne se lasse pas de la route et que le temps presse on tente d’enchainer sur la Transfagarasan qui travers comme son nom l’indique les monts Fagaras. Elle culmine à 2000m d’altitude et généralement elle ferme de mi-octobre à mi-juin. On a espéré arriver à temps mais non… la route a été fermée le dimanche au soir et nous somme arrivés le mercredi. C’est ça de jouer les tortues. Mais on va se consoler car il y a un téléphérique côté nord qui permet d’atteindre le sommet toute l’année et sur les conseils de mon amie roumaine Liliana nous emportons 2 frontales pour pouvoir traverser le tunnel du sommet à pied et aller jeter un œil coté sud. Ceux qui connaissent le lion, connaissent son amour pour les téléphériques et autres télécabines. Il a bien cru y échapper car la ligne était fermée le matin de notre arrivée mais pas de chance les rotations ont repris à 14h. Entre temps petite balade à la cascade de Balea, ou presque car la balade est courte 1,3 km mais le dénivelé positif de 350m. Le genre tu passes ton temps à grimper dans les rochers (recouverts de glace car ça pèle dans la gorge). Bref pas vraiment un moment de plaisir… Mais la vue en haut de la Transfagarasan est à couper le souffle et comme nous avons toujours la chance d’être sous un soleil magnifique c’est juste magique. Puis retour à des altitudes plus acceptables car même si nous vivons un été indien, les températures la nuit sont largement inférieures à zéro.





Nous sommes donc en Transylvanie au centre de la Roumanie. Bon je suis sûre que pour vous la Transylvanie c’est le Comte Dracula et les vampires mais bien que la région soit assez pauvre, elle affiche une personnalité forte. D’abord il y a ces villages Saxons avec leur églises fortifiées et les maisons colorées très régulièrement alignées le long de la route. Ensuite la Transylvanie est un patchwork ethnique où jusqu’en 1989 les populations germanophones (saxones) étaient fortement représentées. Arrivés au XIVème siècle pour développer l’économie de la région grâce à leurs compétences dans les métiers de la mine, les communautés allemandes (souabes ou moselannes ou bavaroises) se sont installées pour plusieurs siècles mais aujourd’hui encore ces communautés luthériennes extrêmement fermées et autonomes ne se reconnaissent pas comme des roumains. Ici les noms des villes et villages sont doubles : roumains et allemands. Sibiu s’appelle aussi Hermannstadt, Brasov est aussi Kronstadt, et Shighisoara Schâssburg. Dans ces communautés pas de mariage mixte et très peu parlent la langue roumaine même au fil des siècles et c’est encore vrai aujourd’hui. Ils perdirent peu à peu leur statut de classe dominante face aux communautés hongroises et roumaines. Aussi en 1989, à la chute de Ceausescu et l'ouverture du pays, il y a eu un exode massif de ces populations vers leurs origines (du XIVème siècle quand même) allemandes. Ils étaient alors considérés comme des « allemands de l’étranger » et beaucoup purent ainsi acquérir la nationalité allemande. Vidés de leur population les villages saxons se peuplèrent de roms (ici appelés gypsies) que l’on cherchait à sédentariser. On ne va pas se mentir ces populations gypsies sont carrément stigmatisés et vivent en communautés plutôt fermées aussi. Aujourd’hui nombreux « saxons » de retour en Allemagne ont la nostalgie de la Transylvanie et souhaiteraient retrouver leur maison, la rénover pour leur retraite ou leur descendance mais en parallèle les familles gypsises qui les occupent depuis plus de 30 ans en réclame le droit de propriété. Il y a entre les familles une forme de tolérance mais nous n’avons pas eu l’impression que la cohabitation était heureuse. Chaque communauté (romaine, saxone, magyare, rom) est bien marquée et dans les villages chacun sait qui est qui. Tout cela, nous avons pu aussi le découvrir grâce à Liliana, une ancienne collègue de Schneider. Et oui, mon ancienne vie a du bon, elle m’a permis de rencontrer des gens formidables et de rester en contact. Nous avons donc passé le week-end à Tapu, un village de 650 âmes, dans la maison saxone que Liliana vient d’acquérir. Une ambiance un peu hors du temps car la maison est encore « dans son jus » (celui des années 60) avec les toilettes au fond du jardin et sans eau potable. Mais c’était vraiment un chouette moment partagé et une formidable opportunité de découvrir la vie ici et de l’expérimenter. Merci encore de ton accueil Liliana et bon courage pour les travaux !

























Après cette immersion dans la vie locale nous voilà repartis vers des zones plus touristiques comme le château de Bran. Ca vous dit quelque chose le château de Bran ? Non ? Oui ? C’est ça, c’est la maison du Comte Vlad Tepes (ce qui signifie Vlad l’empaleur comme il a été surnommé ) qui a largement inspiré le personnage du Comte de Dracula créé par Bram Stocker au tournant du XXeme siècle. Pour votre info ce fameux Stocker n’a jamais mis les pieds en Roumanie mais son personnage a largement dépassé la renommée du vrai Vlad III Tepes Dracula (fils de Vlad II Dracul (le Dragon), car il était assoiffé de sang) et qui était le souverain de la Province de Valachie au XVeme siècle. Bref, vous prenez ce personnage de roman, vous l’assaisonner des croyances locale ( revenants, fées, gnomes et autres vampires) et vous obtenez la plus lucrative des histoires. Pas moins de 430 réalisations cinématographiques ont été faites dans tous les pays et le château sert toujours de décors (ou presque). Somme toute le château en lui-même est assez beau mais sans son association au Comte mythique de Dracula il y a peu de chance qu’il attire les 500 000 visiteurs annuels ni qu’il génère un million de recette annuelle… Mais bon comment faire pour traverser la Transylvanie sans visiter le château de Dracula… Xtian avait d’ailleurs prévu tout le nécessaire pour s’intégrer dans les lieux !




Allez on va continuer de profiter de l’été indien, des grands espaces, et de l’accueil roumain très chaleureux. On vous donne rendez-vous bientôt pour la suite de nos découvertes.





Bisous a tous ! ( ou pas...)




4 commentaires: