Certains rêvent de Tombouctou moi c’est Zanzibar qui habite
mes rêves depuis bien longtemps. Bien au-delà des plages idylliques bordées de
cocotiers ou des plantations d’épices, pour moi Zanzibar c’est la Porte de
l’Orient, la rencontre de 3 civilisations : l’Afrique, le Monde arabe et
l’Inde. Alors après avoir arpenté le centre de Dar Es Salam pour essayer de
trouver le réducteur qui aurait pu nous permettre de réparer le compresseur du camion on
laisse tomber l’affaire, et on prend nos billets pour cet archipel mythique.
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| Au camping mieux vaut fermer les fenêtres ! |
Un peu plus de 2 heures de traversée et c’est l’arrivée à
Stone Town où tu arrêtes de rêver et comprends vite que le tourisme règne en maître : Jambo les portefeuilles sur pattes, Karibu ! Des nuées de tuk tuk ou taxis viennent
t’assaillir pour te proposer un hôtel. Le notre n’est qu’a 500 m donc on marche
et on tente de ne pas se perdre dans le dédale de ruelles sous un soleil de
plomb. Hakuna Matata ! On a 3 jours pour découvrir l’île et on prévoit de
louer une voiture pour être libre. Stone Town c’est la ville principale de
l’île de Zanzibar. Jusqu’à la fin du XIXème siècle c’était aussi la capitale du
Sultanat dirigé d’une main de fer par le Sultan Saïd Bin Sultan Al-Busaïd puis
ses successeurs jusqu’en 1964. C’est aussi la capitale mondiale de la traite
des esclaves et du commerce de l’ivoire. Au milieu du XIX eme siècle, jusqu’à 700 esclaves sont
quotidiennement vendus sur la place publique et les esclaves représentent les 2
tiers de la population de l’île. Ils sont « employés » sur place mais
le plus souvent vendus à destination des Indes ou des colonies françaises comme
La Réunion pour les plantations de cannes à sucre. Le commerce est florissant
et la demande croissante, ce qui oblige les arabes à s’enfoncer de plus en plus
loin au centre de l’Afrique pour y trouver la marchandise humaine et l’ivoire.
Ce sont au final des caravanes de plus de mille personnes qui se déplacent. De
véritables ville nomades constituées de porteurs mais aussi d’encadrement et de
tous les corps de « métier » nécessaires à faire vivre (ou disons
maintenir en vie et en bon état) le précieux cheptel humain. Sur le marché des
esclaves les plus chères sont les femmes qui vont intégrer des harems, après les
enfants et les hommes forts. Pour le reste il y a les ventes par lot…Quant à
l’ivoire 75% des défenses sont vendues aux USA où elles sont transformées en
objets usuels (un peu comme le plastique aujourd’hui). Je ne vous surprendrai
pas en vous disant que l’économie du sultanat est florissante et le Sultan
extrêmement puissant. L’esclave est une composante culturelle ancrée dans le
patrimoine de cette région du monde. Certains esclaves reçoivent un salaire et
peu à peu investissent eux même dans l’achat d’autres esclaves. Difficile
d’imaginer à quoi cela ressemblait mais il a fallu plus d’un demi-siècle après
l’abolition de l’esclavage pour que la traite des noirs cesse enfin. Un siècle et
demi plus tard, seuls les vestiges architecturaux, les portes et le chant du muezzin
témoignent de cette richesse multi culturelle où l’Afrique Noire, l’Arabie et
les Indes se sont intimement mêlées. Poulet Biryani et autres curry sont
d’ailleurs les plats les plus répandus a Zanzibar avec des épices swahili, le tout mangé de la main droite dans des grands plats.
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| Les touristes guettent le coucher de soleil...nous aussi |
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| La terrasse du petit dej de l'hotel |
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| La Promenade du front de mer |


Voilà, on a bien profité de Zanzibar pendant …24h puis
Xtian, n’ayant peur de rien, a décidé de tester la crise de colique néphrétique
alors que partis pour 3 jours on a zéro médoc. Bon de toutes manières on
n’aurait malheureusement pas pu faire grand-chose, le médecin local non plus
d’ailleurs, à part lui donner du Spasfon. 2 jours pas sympas du tout (pour pas dire
affreux) pour lui et beaucoup de courage pour le retour en bateau à Dar Es
Salam. Seule consolation, on avait une chambre avec la clim et une salle de bain
et j’ai pu avoir un rendez-vous avec le médecin français recommandé par
l’Ambassade le lendemain. Et bien croyez le ou non mais le lendemain de notre
retour au camping l’Homme va enfin super bien. Très fatigué mais plus mal… Le
Docteur est super sympa fait tous les examens nécessaires ( dans l’après-midi
même et pour 90€ échographie et traitement compris) et confirme que la crise est terminée, le calcul
évacué mais nous envoie quand même une ordonnance pour le cas où.
Adieu Zanzibar, on quitte aussi Dar Es Salam, cette mégapole
de 4 millions d’habitants dont le centre semble s’effriter et partir en ruines.
Des palissades, des rues défoncées, et des centaines d’échoppes de réparateurs
de téléphones, de vendeurs de boulons, d’épiceries avec 3 bouteilles d’huiles
et 2 caisses de coca. Quant au reste de la ville ce n’est en fait qu’un vaste
embouteillage où les rues ne sont pas goudronnées mais où les camions circulent
comme sur des autoroutes. Et malheur à toi si un flic fait la circulation au
carrefour, ça peut prendre des plombes avant qu’il ne te donne le feu vert. Une
dernière nuit sur le parking de la plage de Coco Beach nous donne un autre
aperçu de la ville. On est dans le quartier des ambassades, c’est plus class,
plus vert mais au bout du 10ème mendiant ( Give me Money !) et
quand à 10 heures du soir la boîte de nuit en plein air au bout du parking met
les watts on regrette un peu de s’être posé là. Il ne nous reste plus qu’à
sortir les bouchons d’oreilles.
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| Entrée sur le ferry de Kigamboni à Dar entre notre camping et le centre |
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| La Cathédrale St Paul |
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| Une magnifique quincaillerie... mais toujours pas de réducteur |
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| Dejeuner local au marché de Dar |
Cependant nous avons gouté à l’Océan indien et il est hors
de question de le quitter si vite. On a donc dans l’idée de suivre la
« gravel road » qui longe la côte jusqu’à Tanga et on reviendra alors
vers l’intérieur du pays pour découvrir le Massif des Ushambara et tenter d’admirer
(d’en bas) le Kilimanjaro.
A l’occasion on s’arrête dans un petit village de bord de
route pour tenter de faire ressouder le réducteur du compresseur chez le
soudeur du coin. Un grand rasta complètement à l’Ouest (franchement je ne sais
pas ce qu’il avait fumé mais ça avait l’air efficace) qui envoie son ouvrier on
ne sait pas où et qui nous dit de revenir dans une heure. Au final c’est lui qui
nous retrouve au « resto » du coin avec… Un nouveau réducteur tout
neuf ! Oui oui en moins d’une heure et au milieu de nulle part il nous ramène
ce qui a fait l’objet d’une longue quête sans succès à Dar. Ouf trop bien on va
avoir un beau compresseur qui marche, ce qui est pas mal pour gonfler les
boudins et aussi quand il faut regonfler les pneus après une traversée de boue
ou de sable (c’est rare mais bon 😉).
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| Riz, poulet, patate oeuf dur...et réducteur : royal ! |

Allez, premier stop à Bagamoyo où le Traveler’s Lodge
constitue une étape magnifique. Comme c’est souvent le cas, cet hôtel/camping
nous accueille sur une magnifique pelouse et nous donne la clé d’un bungalow
pour disposer de toilettes et salle de bain. Sur la plage plein de pêcheurs, de
familles et de groupe de jeunes. C’est vivant et coloré. Le proprio, un ancien
routard allemand qui s’est installé là il y a plus de 30 ans peut vous raconter
l’histoire de chaque arbre planté et s’assure que l’entretien est fait dans les
règles de l’art. Seul bémol si vous voulez faire la grasse mat le dimanche
c’est raté car la chorale de l’Eglise anglicane juste à côté commence à
s’époumoner des 7h30. Et comme le Muezzin a chanté jusqu’à pas d’heure la
veille au soir ça fait court ! Mais ça aussi on s’y fait, le bruit et la
musique font partie intégrante du quotidien ici. Tout le monde travaille à 7h
et dès 6h30 les gens s’interpellent, parlent, les tuk tuk et les Dala Dala
(minibus) klaxonnent pour choper le client. Quand aux piétons ils n'ont pas encore adopter le casque et déambulent avec une mini enceinte portative. C'est un généreux partage musical !




La piste que nous prenons ensuite est bien plus pourrie que
ce que nous espérions et c’est donc sans surprise que l’on voit le jour tomber
alors qu’il nous reste encore plus de 25km à faire. Alors je vous vois rigoler
d’ici : 25km c’est quoi son problème ? Et bien 25km c’est plus d’une
heure de conduite et de nuit sur une piste pourrie avec des chances croiser un
camion ou un bus ( oui oui ici tout circule partout même sur les chemins
improbables) et la fatigue de la journée aidant on décide de trouver un endroit
où se poser. Pas vraiment pléthore de choix on est content de trouver une
gravière en contre bas de la piste avec une sorte de bassin où les locaux
viennent faire le plein d’eau. Ils nous saluent gentiment, on va tester le
terrain à pied (chat échaudé craint l’eau froide) et on décide que c’est bon on
se pose. Le destin en a décidé autrement car des la fin de soirée le ciel est
strié d’éclairs et le tonnerre resonne à en faire trembler le camion. Pas une
goutte d’eau jusqu’à 3 heures du mat puis cloc cloc cloc… le bruit fatidique
qui te fait passer en revue les 50m de chemin pour remonter sur la piste. Ni
Xtian ni moi ne dormons et à 4 heures du mat on n’y tient plus, le risque de
rester coincé est trop grand on décide qu’il faut partir. C’est quand on sent
le camion patiner et s’enliser que la panique se fait sentir. On descend pour
s’apercevoir que l’on est posé sur une sorte de ciment colle qui s’accroche aux
chaussures et aux roues. En 2 pas on a 1kg de cette boue sous chaque chaussure,
et les roues avant sont… dans la merde ! trop cool de dégonfler les
pneus, sortir les pelles et la frontale à 4 du mat, de nuit. Mais je cois que le
stress te réveille illico, un vrai shoot d’adrénaline. Et ça fait aussi effet
sur le Lion qui va nous sortir de là dans la foulée. Ouf !!! Il a retrouvé
du grip et il file en haut du chemin sans s’arrêter. On est vraiment au bord de
la piste il est 5 h du mat mais on est maintenant bien trop réveillés pour finir
notre nuit qui a été fort courte et la journée promet d’être longue.
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| On s'est fait une copine à la gravière |
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| Mouai... on l'a echappé belle ! |
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| Noir c'est noir ! |
Destination donc à 30km à Ushongo chez Mike Beach Resort qui est censé
avoir un camping au bord de l’eau. La piste est longue et laborieuse car les
travaux pour la future route l’ont transformée en un immense chantier terreux
et gadouilleux … sous la pluie. Et puis comme d’hab c’est à la fin que ça se
corse. Quand tu arrives à 3km de la destination mais que la piste sur laquelle
tu circules est bouchée par un gros tas de terre. Pas le choix on va devoir
déblayer… on sort les pelles et un sympathique monsieur du village s’arrête
pour nous donner la main. Même pas il pose de question ni se demande pourquoi
on veut passer là où c’est fermé…Il a pitié de nos outils et va emprunter une
picole au voisin et nous voilà en train de faire les travaux de terrassement
sous le cagnard en espérant arriver à dégager un espace suffisamment large pour
que la Citrouille passe … sans verser dans le devers.
Heureusement, au bout d’une heure et après avoir taillé un
ou deux arbres un peu bas, on arrive chez Mike. Un petit paradis au bord de
l’Océan indien. Tellement bien qu’on va y rester 4 jours. Air à 33°, eau à 31°,
hamac tendu entre les cocotiers, bière fraîche, que demander de
plus ? Pffiu !
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| y a pire... |


Et comme on ne peut se résoudre à quitter l’Océan Indien on
va encore faire une étape sur la plage de Pangani 15km plus au nord. Ca c’est
une étape de luxe, sans problème, juste un ferry pour traverser la Pangani
river. Le bivouac sur la plage est parfait si l’on excepte la boîte de nuit en plein air qui
nous « berce » malgré les bouchons d’oreille jusqu’à 4h du mat. Oui
je sais vous êtes en train de vous dire qu’on le fait exprès. Mais non je vous
assure, il faut juste savoir qu’ici jeudi, vendredi et samedi soir on ambiance
jusqu’au bout de la nuit dans tous les bars de tous les villages et si la
qualité du son n’y est pas (Xtian a les oreilles qui saignent), de même que la mélodie ( à moins de considérer Maître Gims comme une référence) les décibels
eux sont bien là. Mais bon Pangani est plein de charme, un port à l’embouchure
de la rivière du même nom qui a connu son heure de gloire et tout est maintenant pour le moins défraichi. C'était le plus grand port
de boutres du pays. Aujourd’hui encore on a pu voir des pécheurs saler et sécher les
mini poissons qui seront vendus dans toute la région, on a vu aussi des
montagnes de noix de coco car il y a de nombreuses plantations le long de la
rivière et puis on a assisté au déchargement d’un boutre rempli de bidons
d’huile végétale, Xtian a estimé qu’il y en avait une vingtaine de tonnes :
un grand moment !

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| Xtian et son fan club... |
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| qui veut de la petite friture sèche? |
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| Noix de coco fruit a manger et gangue à bruler |
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| On enfile des bidons de la cargaison sur une corde pour délimiter la zone |
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| Puis on balance tout à l'eau |
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| Devant c'est des ânes.. |
Bref une fois de plus c’est pour ce genre de moment
qu’il est bon de prendre son temps, de s’attarder mais il faut bien se faire
une raison : nous allons bifurquer à l’Ouest pour la prochaine grande
étape de notre périple tanzanien : Ushambaras, Kilimanjaro, Serengeti,
Ngorongoro. Mais ça c’est une autre histoire !
On vous embrasse très fort et on vous dit à bientôt !
Où ailleurs qu'en Afrique trouver un réducteur de compresseur neuf quand on a cessé de le chercher ???
RépondreSupprimerTes photos 📷 font rêver, comme ton récit !
Restez en forme surtout !
Très beau récit de routards j adore !!! Pas tous les jours simple, mais au final c est toujours beau. Merci pour ce partage, Christian
RépondreSupprimerWonderfull as usual ! Ça donne envie. Hâte de voir la prochaine étape. Nous on est plus dans la pluie et la neige 🤣
RépondreSupprimerContinuez bien et surtout profitez en !
Eh bien!! Que d’aventures!! Que de poussées d’adrénaline!! Votre récit me fait prendre conscience que si l’on me dit « aventurière », je suis petite joueuse comparée à vous!!
RépondreSupprimerTake care, keep safe, and see you some time in the Corbières!! 😊
Hugs & kisses, Martine
Hello les amis, je vous que vous êtes toujours dans l'action! C'est super de lire ton régit, toujours aussi bien écrit... Et à vous lire je mesure l'expérience que vous avez et l'importance de tout cela pour entreprendre un tel voyage...
RépondreSupprimerBonne continuation, gros bisous !
😉 on se rapproche ;-)
RépondreSupprimerNice, it's interesting to hear that Dar es Salaam has thousands of mobile repair shops (i was there in 2022 and was astounded by that). I saw your truck in Westlands, Nairobi today, and looked up the doorside text.
RépondreSupprimerAwesome 👍