samedi 16 mars 2024

 


Certains rêvent de Tombouctou moi c’est Zanzibar qui habite mes rêves depuis bien longtemps. Bien au-delà des plages idylliques bordées de cocotiers ou des plantations d’épices, pour moi Zanzibar c’est la Porte de l’Orient, la rencontre de 3 civilisations : l’Afrique, le Monde arabe et l’Inde. Alors après avoir arpenté le centre de Dar Es Salam pour essayer de trouver le réducteur qui aurait pu nous permettre de réparer le compresseur du camion on laisse tomber l’affaire, et on prend nos billets pour cet archipel mythique.

Au camping mieux vaut fermer les fenêtres !

Un peu plus de 2 heures de traversée et c’est l’arrivée à Stone Town où tu arrêtes de rêver et comprends vite que le tourisme règne en maître : Jambo les portefeuilles sur pattes, Karibu ! Des nuées de tuk tuk ou taxis viennent t’assaillir pour te proposer un hôtel. Le notre n’est qu’a 500 m donc on marche et on tente de ne pas se perdre dans le dédale de ruelles sous un soleil de plomb. Hakuna Matata ! On a 3 jours pour découvrir l’île et on prévoit de louer une voiture pour être libre. Stone Town c’est la ville principale de l’île de Zanzibar. Jusqu’à la fin du XIXème siècle c’était aussi la capitale du Sultanat dirigé d’une main de fer par le Sultan Saïd Bin Sultan Al-Busaïd puis ses successeurs jusqu’en 1964. C’est aussi la capitale mondiale de la traite des esclaves et du commerce de l’ivoire. Au milieu du XIX eme siècle, jusqu’à 700 esclaves sont quotidiennement vendus sur la place publique et les esclaves représentent les 2 tiers de la population de l’île. Ils sont « employés » sur place mais le plus souvent vendus à destination des Indes ou des colonies françaises comme La Réunion pour les plantations de cannes à sucre. Le commerce est florissant et la demande croissante, ce qui oblige les arabes à s’enfoncer de plus en plus loin au centre de l’Afrique pour y trouver la marchandise humaine et l’ivoire. Ce sont au final des caravanes de plus de mille personnes qui se déplacent. De véritables ville nomades constituées de porteurs mais aussi d’encadrement et de tous les corps de « métier » nécessaires à faire vivre (ou disons maintenir en vie et en bon état) le précieux cheptel humain. Sur le marché des esclaves les plus chères sont les femmes qui vont intégrer des harems, après les enfants et les hommes forts. Pour le reste il y a les ventes par lot…Quant à l’ivoire 75% des défenses sont vendues aux USA où elles sont transformées en objets usuels (un peu comme le plastique aujourd’hui). Je ne vous surprendrai pas en vous disant que l’économie du sultanat est florissante et le Sultan extrêmement puissant. L’esclave est une composante culturelle ancrée dans le patrimoine de cette région du monde. Certains esclaves reçoivent un salaire et peu à peu investissent eux même dans l’achat d’autres esclaves. Difficile d’imaginer à quoi cela ressemblait mais il a fallu plus d’un demi-siècle après l’abolition de l’esclavage pour que la traite des noirs cesse enfin. Un siècle et demi plus tard, seuls les vestiges architecturaux, les portes et le chant du muezzin témoignent de cette richesse multi culturelle où l’Afrique Noire, l’Arabie et les Indes se sont intimement mêlées. Poulet Biryani et autres curry sont d’ailleurs les plats les plus répandus a Zanzibar avec des épices swahili, le tout mangé de la main droite dans des grands plats.




Les touristes guettent le coucher de soleil...nous aussi

La terrasse du petit dej de l'hotel









La Promenade du front de mer


Voilà, on a bien profité de Zanzibar pendant …24h puis Xtian, n’ayant peur de rien, a décidé de tester la crise de colique néphrétique alors que partis pour 3 jours on a zéro médoc. Bon de toutes manières on n’aurait malheureusement pas pu faire grand-chose, le médecin local non plus d’ailleurs, à part lui donner du Spasfon. 2 jours pas sympas du tout (pour pas dire affreux) pour lui et beaucoup de courage pour le retour en bateau à Dar Es Salam. Seule consolation, on avait une chambre avec la clim et une salle de bain et j’ai pu avoir un rendez-vous avec le médecin français recommandé par l’Ambassade le lendemain. Et bien croyez le ou non mais le lendemain de notre retour au camping l’Homme va enfin super bien. Très fatigué mais plus mal… Le Docteur est super sympa fait tous les examens nécessaires ( dans l’après-midi même et pour 90€ échographie et traitement compris) et confirme que la crise est terminée, le calcul évacué mais nous envoie quand même une ordonnance pour le cas où.

Adieu Zanzibar, on quitte aussi Dar Es Salam, cette mégapole de 4 millions d’habitants dont le centre semble s’effriter et partir en ruines. Des palissades, des rues défoncées, et des centaines d’échoppes de réparateurs de téléphones, de vendeurs de boulons, d’épiceries avec 3 bouteilles d’huiles et 2 caisses de coca. Quant au reste de la ville ce n’est en fait qu’un vaste embouteillage où les rues ne sont pas goudronnées mais où les camions circulent comme sur des autoroutes. Et malheur à toi si un flic fait la circulation au carrefour, ça peut prendre des plombes avant qu’il ne te donne le feu vert. Une dernière nuit sur le parking de la plage de Coco Beach nous donne un autre aperçu de la ville. On est dans le quartier des ambassades, c’est plus class, plus vert mais au bout du 10ème mendiant ( Give me Money !) et quand à 10 heures du soir la boîte de nuit en plein air au bout du parking met les watts on regrette un peu de s’être posé là. Il ne nous reste plus qu’à sortir les bouchons d’oreilles.

Entrée sur le ferry de Kigamboni à Dar entre notre camping et le centre


La Cathédrale St Paul

Une magnifique quincaillerie... mais toujours pas de réducteur

Dejeuner local au marché de Dar



Cependant nous avons gouté à l’Océan indien et il est hors de question de le quitter si vite. On a donc dans l’idée de suivre la « gravel road » qui longe la côte jusqu’à Tanga et on reviendra alors vers l’intérieur du pays pour découvrir le Massif des Ushambara et tenter d’admirer (d’en bas) le Kilimanjaro.

A l’occasion on s’arrête dans un petit village de bord de route pour tenter de faire ressouder le réducteur du compresseur chez le soudeur du coin. Un grand rasta complètement à l’Ouest (franchement je ne sais pas ce qu’il avait fumé mais ça avait l’air efficace) qui envoie son ouvrier on ne sait pas où et qui nous dit de revenir dans une heure. Au final c’est lui qui nous retrouve au « resto » du coin avec… Un nouveau réducteur tout neuf ! Oui oui en moins d’une heure et au milieu de nulle part il nous ramène ce qui a fait l’objet d’une longue quête sans succès à Dar. Ouf trop bien on va avoir un beau compresseur qui marche, ce qui est pas mal pour gonfler les boudins et aussi quand il faut regonfler les pneus après une traversée de boue ou de sable (c’est rare mais bon 😉).

Riz, poulet, patate oeuf dur...et réducteur : royal !

Allez, premier stop à Bagamoyo où le Traveler’s Lodge constitue une étape magnifique. Comme c’est souvent le cas, cet hôtel/camping nous accueille sur une magnifique pelouse et nous donne la clé d’un bungalow pour disposer de toilettes et salle de bain. Sur la plage plein de pêcheurs, de familles et de groupe de jeunes. C’est vivant et coloré. Le proprio, un ancien routard allemand qui s’est installé là il y a plus de 30 ans peut vous raconter l’histoire de chaque arbre planté et s’assure que l’entretien est fait dans les règles de l’art. Seul bémol si vous voulez faire la grasse mat le dimanche c’est raté car la chorale de l’Eglise anglicane juste à côté commence à s’époumoner des 7h30. Et comme le Muezzin a chanté jusqu’à pas d’heure la veille au soir ça fait court ! Mais ça aussi on s’y fait, le bruit et la musique font partie intégrante du quotidien ici. Tout le monde travaille à 7h et dès 6h30 les gens s’interpellent, parlent, les tuk tuk et les Dala Dala (minibus) klaxonnent pour choper le client. Quand aux piétons ils n'ont pas encore adopter le casque et déambulent avec une mini enceinte portative. C'est un généreux partage musical !




La piste que nous prenons ensuite est bien plus pourrie que ce que nous espérions et c’est donc sans surprise que l’on voit le jour tomber alors qu’il nous reste encore plus de 25km à faire. Alors je vous vois rigoler d’ici : 25km c’est quoi son problème ? Et bien 25km c’est plus d’une heure de conduite et de nuit sur une piste pourrie avec des chances croiser un camion ou un bus ( oui oui ici tout circule partout même sur les chemins improbables) et la fatigue de la journée aidant on décide de trouver un endroit où se poser. Pas vraiment pléthore de choix on est content de trouver une gravière en contre bas de la piste avec une sorte de bassin où les locaux viennent faire le plein d’eau. Ils nous saluent gentiment, on va tester le terrain à pied (chat échaudé craint l’eau froide) et on décide que c’est bon on se pose. Le destin en a décidé autrement car des la fin de soirée le ciel est strié d’éclairs et le tonnerre resonne à en faire trembler le camion. Pas une goutte d’eau jusqu’à 3 heures du mat puis cloc cloc cloc… le bruit fatidique qui te fait passer en revue les 50m de chemin pour remonter sur la piste. Ni Xtian ni moi ne dormons et à 4 heures du mat on n’y tient plus, le risque de rester coincé est trop grand on décide qu’il faut partir. C’est quand on sent le camion patiner et s’enliser que la panique se fait sentir. On descend pour s’apercevoir que l’on est posé sur une sorte de ciment colle qui s’accroche aux chaussures et aux roues. En 2 pas on a 1kg de cette boue sous chaque chaussure, et les roues avant sont… dans la merde ! trop cool de dégonfler les pneus, sortir les pelles et la frontale à 4 du mat, de nuit. Mais je cois que le stress te réveille illico, un vrai shoot d’adrénaline. Et ça fait aussi effet sur le Lion qui va nous sortir de là dans la foulée. Ouf !!! Il a retrouvé du grip et il file en haut du chemin sans s’arrêter. On est vraiment au bord de la piste il est 5 h du mat mais on est maintenant bien trop réveillés pour finir notre nuit qui a été fort courte et la journée promet d’être longue.

On s'est fait une copine à la gravière

Mouai... on l'a echappé belle !


Noir c'est noir !


Destination donc à 30km à Ushongo chez Mike Beach Resort qui est censé avoir un camping au bord de l’eau. La piste est longue et laborieuse car les travaux pour la future route l’ont transformée en un immense chantier terreux et gadouilleux … sous la pluie. Et puis comme d’hab c’est à la fin que ça se corse. Quand tu arrives à 3km de la destination mais que la piste sur laquelle tu circules est bouchée par un gros tas de terre. Pas le choix on va devoir déblayer… on sort les pelles et un sympathique monsieur du village s’arrête pour nous donner la main. Même pas il pose de question ni se demande pourquoi on veut passer là où c’est fermé…Il a pitié de nos outils et va emprunter une picole au voisin et nous voilà en train de faire les travaux de terrassement sous le cagnard en espérant arriver à dégager un espace suffisamment large pour que la Citrouille passe … sans verser dans le devers.

Heureusement, au bout d’une heure et après avoir taillé un ou deux arbres un peu bas, on arrive chez Mike. Un petit paradis au bord de l’Océan indien. Tellement bien qu’on va y rester 4 jours. Air à 33°, eau à 31°, hamac tendu entre les cocotiers, bière fraîche, que demander de plus ?  Pffiu !





y a pire...

Et comme on ne peut se résoudre à quitter l’Océan Indien on va encore faire une étape sur la plage de Pangani 15km plus au nord. Ca c’est une étape de luxe, sans problème, juste un ferry pour traverser la Pangani river. Le bivouac sur la plage est parfait si l’on excepte la boîte de nuit en plein air qui nous « berce » malgré les bouchons d’oreille jusqu’à 4h du mat. Oui je sais vous êtes en train de vous dire qu’on le fait exprès. Mais non je vous assure, il faut juste savoir qu’ici jeudi, vendredi et samedi soir on ambiance jusqu’au bout de la nuit dans tous les bars de tous les villages et si la qualité du son n’y est pas (Xtian a les oreilles qui saignent), de même que la mélodie ( à moins de considérer Maître Gims comme une référence) les décibels eux sont bien là. Mais bon Pangani est plein de charme, un port à l’embouchure de la rivière du même nom qui a connu son heure de gloire et tout est maintenant pour le moins défraichi. C'était le plus grand port de boutres du pays. Aujourd’hui encore on a pu voir des pécheurs saler et sécher les mini poissons qui seront vendus dans toute la région, on a vu aussi des montagnes de noix de coco car il y a de nombreuses plantations le long de la rivière et puis on a assisté au déchargement d’un boutre rempli de bidons d’huile végétale, Xtian a estimé qu’il y en avait une vingtaine de tonnes : un grand moment !


Xtian et son fan club...

qui veut de la petite friture sèche?

Noix de coco fruit a manger et gangue à bruler



On enfile des bidons de la cargaison sur une corde pour délimiter la zone

Puis on balance tout à l'eau


Devant c'est des ânes..

 Bref une fois de plus c’est pour ce genre de moment qu’il est bon de prendre son temps, de s’attarder mais il faut bien se faire une raison : nous allons bifurquer à l’Ouest pour la prochaine grande étape de notre périple tanzanien : Ushambaras, Kilimanjaro, Serengeti, Ngorongoro. Mais ça c’est une autre histoire !

On vous embrasse très fort et on vous dit à bientôt !





7 commentaires:

  1. Où ailleurs qu'en Afrique trouver un réducteur de compresseur neuf quand on a cessé de le chercher ???
    Tes photos 📷 font rêver, comme ton récit !
    Restez en forme surtout !

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  2. Très beau récit de routards j adore !!! Pas tous les jours simple, mais au final c est toujours beau. Merci pour ce partage, Christian

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  3. Wonderfull as usual ! Ça donne envie. Hâte de voir la prochaine étape. Nous on est plus dans la pluie et la neige 🤣
    Continuez bien et surtout profitez en !

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  4. Martine Guigue18 mars 2024 à 12:01

    Eh bien!! Que d’aventures!! Que de poussées d’adrénaline!! Votre récit me fait prendre conscience que si l’on me dit « aventurière », je suis petite joueuse comparée à vous!!
    Take care, keep safe, and see you some time in the Corbières!! 😊
    Hugs & kisses, Martine

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  5. Hello les amis, je vous que vous êtes toujours dans l'action! C'est super de lire ton régit, toujours aussi bien écrit... Et à vous lire je mesure l'expérience que vous avez et l'importance de tout cela pour entreprendre un tel voyage...
    Bonne continuation, gros bisous !

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  6. Nice, it's interesting to hear that Dar es Salaam has thousands of mobile repair shops (i was there in 2022 and was astounded by that). I saw your truck in Westlands, Nairobi today, and looked up the doorside text.

    Awesome 👍

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