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| C'est la route ! |
Après un séjour à Durban franchement stressant nous avons
enfin pu reprendre possession du 3ème membre d’équipage et se mettre en route
pour Cape Town. Direction le sud donc, ce qui ici signifie non pas plus de
soleil mais plus de fraîcheur. Et oui il faut penser à l’envers, on a la tête
en bas (ou presque). Notre plan c’est de suivre la côte de l’Océan Indien et
notamment la fameuse Garden Route entre Port Elizabeth et Cape Town. Tout
semble simple mais il faut se faire à l’idée que même si la plupart des routes
sont en état correct, les distances sont redoutables (1600km en ligne directe
de Durban à Cape Town) et les temps de parcours ne se comparent pas avec ce que
vous connaissez car la circulation est dense (surtout vu le nombre de piétons
sur les routes) et les super poids lourds nombreux.
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| Quand je dis que c'est un peu encombré...Lusikisiki |
Mais en 1er lieu
nous devons reprendre en main la Citrouille après 1 mois de navigation et un
mois sur le port. Premier challenge la galerie qui supporte notre pneu de
secours et qui se met à faire un bruit de malade sur la 1ère piste un
peu chaotique. Pas bon du tout ! Impossible de réparer comme ça d’autant que
le Lion a déjà fait plusieurs réparations au cours de nos voyages ( en
Bulgarie, en Grèce…) Il faut trouver un atelier qui fait de la soudure.
Direction le quartier de mécano de Port Shelton où à force de bouche à oreille
et de recommandations nous trouvons un « panel builter », un
carrossier en français, qui démonte la galerie, fait la soudure et remonte
le tout en 2 heures et 25€. On repart soulagés mais c’est sans compter que …ça
ne tient pas et au bout de 5 km on reprend la route du carrossier qui refait le
boulot à l’envers puis rajoute une plaque sous l’œil scrutateur du lion et
remonte le tout. Ca y est ça marche !  |
| Fraser Falls |
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| Notre voisin le bufflon |
2eme challenge : la pompe du réservoir d’eau potable ne
fonctionne pas…ben oui trop facile, il nous faut donc commencer par acheter des
bidons d’eau minérale en attendant de trouver un endroit cool pour se poser et (tenter de) réparer. C’est ce que le Lion fait quand nous sommes posés au bord
des Fraser Falls, dans un champ rempli de bufflones qui se demandent un peu ce
que l’on fait là. Démontage de la pompe, tests en tout genre, nettoyage de la
membrane, des pré filtres… tout semble marcher (bizarre d’où ça vient
alors ?), le lion en est réduit à démonter le vase d’expansion.
Arggh ! Démonter (mis à part le nombre incroyable de vis) n’est pas un
problème, nettoyer non plus mais le remontage relève du défi. Les pas de vis en
plastique ont tendance à foirer et ne font plus l’étanchéité. Re-démontage, et
re-re-montage en rajoutant une bonne dose de la miraculeuse colle Sika noire. Celle
dont nous avons 4 cartouches dans le bac à légumes et qui a une fâcheuse
tendance à s’étaler de partout en plus de là où tu la mets : mains,
visage, Tee-shirt, tissus, meubles… C’est pas tout mais la pompe refuse toujours
de nous remonter l’eau… jusqu’à ce que le Lion sorte du coffre dans lequel il est plongé depuis 2 heures
pour aller voir du coté des filtres à charbons dans la soute. Miracle ça
remarche ! En fait pour changer les filtres avant le départ il avait verrouillé
le circuit et comme la Citrouille partait sur le bateau… c’était resté
verrouillé. Oh qu’il est doux le bruit de la pompe à eau et même qu’après
plusieurs vérifications il n’y a plus de fuite au vase d’expansion. Ca c’est
fait ! Le lion en profitera pour consolider un autre point d’ancrage de la
galerie en prévention de… |
| L'orage arrive ! |

Le 3ème challenge c’est le gaz…. On a une bouteille de GPL
de 13kg que l’on remplit en France (et plus généralement en Europe avec un bon
kit d’adaptateurs) dans n’importe quelle station-service. Ici il y a des
stations de remplissage de bouteille de gaz c’est même un business très répandu
mais, et oui il y a un MAIS, leurs bouteilles ne ressemblent en aucun cas aux nôtres
tant sur le volume que sur le pas de vis pour les remplir. Rien à voir et aucun
de nos adaptateurs ne fait l’affaire : pas le même diamètre (nous en mm
eux en inches), ni le même sens de filetage (nous right hand eux left hand) ni…
enfin bref on a fait plusieurs stations sans pour autant trouver la solution. A
chaque fois le Lion démonte la bouteille, la sort de la soute (et autant dire
que c’est pas une mince affaire) à chaque fois le gars nous regarde avec un air
dubitatif et à chaque fois… on rempart sans rien. Bon il nous reste encore un
quart du réservoir et on envisage d’acheter un bouteille CADAC (un standard australien
assez répandu en Afrique ) avec un brûleur qui viendra directement se visser
dessus. Moyennant un autre tuyau et détendeur on devrait aussi pourvoir la
brancher sur le BBQ. C’est là où nous en sommes à East London après avoir
visiter 2 stations de remplissage incompatibles. En fait c’est un problème
assez courant avec les voyageurs étrangers et la solution est à chaque fois
d’acheter un système local. C’est pas mortel mais ca signifie que cuisiner ne
se fait plus que sur un gros camping gaz, plus de four… Mais c’est sans compter
les bons plans échangés entre « overlandistes » sur l’appli
« ioverlander » qui nous donne l’adresse quasi unique en Afrique du
sud d’une station à East London où le gars a déjà réussi à dépanner des
allemands et un français. Effectivement c’est une petite station privé où le
proprio travaille en famille : « 3 générations » dans le même
local. Il nous rassure tout de suite en disant qu’il reçoit chaque année la
visite de plein de voyageurs étrangers et qu’à chaque fois il y a une solution.
Effectivement il prend l’un de nos adaptateurs qui se fixe à notre bouteille
lui rajoute un embout, enfile un petit tuyau met un collier et gueule à son
père d’ouvrir le robinet. Alleluhia! Notre bouteille de GPL se remplit et il
nous laisse même l’embout qu’il a fabriqué pour que ça marche. Ouf ! On
est maintenant paré pour presque 8 mois. On peut commencer à se détendre…
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| Quand tu en es à mesurer l'adaptateur au pied à coulisse... |
un p'tit pakos, rapide, pas cher et super bon
La route qui suit la côte est très vallonnée et il y a des
habitants partout. Pas vraiment de villes mis à part quelques bourgades mais
des maisons partout sur chaque colline dans chaque vallon. Un habitat diffus
avec des gens qui marchent le long de la nationale ou des routes annexes et des
minibus taxi (Toyota) qui ne cessent de klaxonner pour racoler le client potentiel. A
chaque carrefour des vendeurs de fruits ou de bouteilles de ce qui me semble
être du lait. Les sudafs « blancs » sont de grands adeptes du camping et tous vont dans les caravan parc, et il y en a partout. On nous a dit d’être
prudents mais franchement il y a des spots au bord de l’eau juste magiques et
loin des villes, donc on a décidé de ne pas devenir parano et on profite à fond
du camping sauvage. Aux Fraser Falls c’est le proprio des bufflones qui est
venu nous voir dans son gros pick up rouge. Un black avec son berger qui nous a
dit que l’on serait tranquille là et qui nous a dit de rester aussi longtemps
qu’on voulait.
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| Mesdames, votre salon de beauté à Port St Johns |
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| Le camion magique qui guérit de tout... ou pas |
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| C'est la saison des choux |
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| Maison traditionnelle |
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| Des trous ! |
Sur la « wild coast » (la Côte Sauvage) c’est un
peu plus difficile de se poser car il n’y a que des falaises et peu d’accès, on
décide d’aller voir Coffee Bay et son fameux « Hole in the wall » un
trou dans la roche qui fait une arche. La route est un vrai calvaire… une
succession ininterrompue de trous et de crevasses sur 20 bornes. Et pour finir
le pont qui permet d’arriver à Coffee Bay est effondré, on doit prendre la
déviation soit une piste de terre tellement étroite qu’on espère ne rencontrer
personne et tellement pentue que le Lion doit mettre les courtes. Les Taxis ne
passent pas et attendent le client en haut par contre comme vous vous en doutez
le local passe en pickup Isuzu sans ciller. A l’arrivée l’on se demande comment
autant de gens habitent dans un coin aussi paumé mais le paysage est juste très
beau et encore sauvage. En hiver, l’endroit est assez désert mais en été c’est
le repère rasta bohème avec ses backpakers houses, ses coffee shops au couleur
du drapeau rasta. Sitôt posé un local arrive pour nous proposer ses services de
guide pour aller à l’Arche. Alors le trou est en face de nous, le sentier sous
nos yeux et la balade, référencée dans maps.me et mappy.cz, fait au moins 500m.
Si c’est comme ça qu’il compte attirer le touriste c’est mal barré. Il repart
en maugréant mais dés le lendemain matin il revient avec 2 femmes qui
s’assoient devant nos fenêtres et déballent leurs bracelets de perles dans une
grands étoffe. J’aime les perles et je suis tombée amoureuse des pièces créées
par les zoulous mais là j’ai un peu l’impression de trucs montés à l’arrache
pour vendre aux vacanciers. Non je ne veux pas un bracelet avec mon prénom en
perles roses. L’idée de refaire la route en sens inverse ne nous réjouit par
mais Coffee Bay est un cul de sac donc pas le choix. Heureusement on trouvera
un magnifique spot au milieu des prairies pour se poser avant de retrouver la
grande route.  |
| The Hole in the wall |
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| Un super spot pour la nuit ! |
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| J'aime les bivouacs |
Jusque là toute la Côte que nous avons suivie est peuplée de
noirs. Pas très compliqué vue que les blancs représentent seulement 10% de la
population et principalement dans la région de Johannesburg et Prétoria. Mais
en arrivant à Kidds Bay on découvre qu’il y a des villages/communautés blanches
un peu comme des enclaves. Kidds Bay nous a particulièrement séduit, d’abord
parce que le spot pour passer la nuit est magnifique, juste au bord de l’eau
(enfin avec plein de rocher, des marées et des grosses vagues, donc on oublie
la baignade) mais ensuite parce que toutes les jolies maisons sont posées sur
des pelouses vert fluo et surtout, surtout sans clôture. Pas de hauts portails,
pas de barbelés, pas de murs. Les gens marchent le long de l’eau, promènent
leur chien, n’hésitent pas à venir discuter avec nous. Ca change, car il n’est
pas rare dès lors que l’on se trouve dans une zone résidentielle de voir fleurir
les clôtures électrifiées et les panneaux « attendez que le portail se soit
refermé derrière vous avant de partir ». Je comprends qu’il y a un fort
taux de criminalité mais ni le Lion ni moi n’avons envie de rester dans un
bunker ou un condominium pour blancs. Enfin quand je dis blanc je ne parle pas
de ceux qui travaillent dans les restos, ceux qui tondent la pelouse, ceux qui
entretiennent les B&B, ceux qui tiennent l’épicerie. Tous ceux-là sont noirs
évidemment.

Puis vient Port Alfred et sa super marina ghetto où il faut
passer le poste de garde et montrer patte blanche. Nous nous posons dans un
camping, car il est temps de faire les plein d’eau et de faire la lessive…
C’est un cas de force majeure mais je reconnais que ce camping est très joli
avec un étang, plein d’oiseaux et Millie et Lilly 2 boxers qui sont ravis
d’accueillir les arrivants en fanfare. Comme souvent, dans les caravan park il
y a des résidents à long terme qui sont ravis de venir dire bonjour et poser
des questions. Les français ne sont pas nombreux ce qui leur parait d’autant
plus exotique. L’un d’entre eux nous recommande d’aller manger un fish &
chips sur un bateau à l’embouchure de la rivière. C’est parait-il sympa et il
n’y est que le vendredi. En arrivant on se rend compte que c’est une sorte de
rencard hebdomadaire des têtes blanches locales (et je peux vous dire que ça ne
manque pas). On y arrive en famille ou entre amis, de toute manière tout le
monde se connait et s’il n’y a plus de table, qu’a cela ne tienne, on boit un gin
tonic ou un verre de vin (voire 2…ou plus) en attendant qu’une table se libère.
Pas de menu, pas d’entrée ou de dessert pas de café juste du fish & chips. On
passe là un délicieux moment à discuter avec 2 dames (agées) pleines d’humour qui
déjeunent à la table à côté. Ici tout le monde parle anglais car c’est la
langue officielle au même titre que l’Africaneer. Bizarre quand on sait qu’ils
représentent moins de 10% de la population…
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| Notre petit étang |
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| Le repère des têtes blanches et du Fish&Chips |
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| La plage est belle mais interdit de se baigner à cause des courants |
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| Lamb & Mint pie, à l'anglaise |
C’est là que l’on décide finalement de changer nos plans, on
va arrêter de suivre la Côte pour se diriger vers la région du Grand Karoo, une
région aux paysages semi désertiques connue pour ses élevages de moutons
mérinos. Au passage on va, sur les conseils de notre « copain de
camping », s’arrêter à la Nanaga Farm Stall déguster leur légendaire
« Mint and Lamb Pie » une tourte d’agneau à la menthe tout ce qu’il y
a de plus british. En se posant dans ce qui nous paraissait être le milieu de
nulle part (fini l’habitat diffus, ici s’il y a une maison tous les 10 km c’est
un grand max) on a la visite du propriétaire de lieux, un grand barbu roux très
costaud, éleveur de moutons mérinos. On en profite pour discuter avec lui
puisqu’on est sur ses terres : 10 000 hectares sur lesquels il élève
8000 moutons mérinos. Les 1ers ont été importés de France par son arrière grand-père.
Il faut 3 hectares pour 1 mouton mérinos. Avant il y avait aussi transhumance
entre ferme d’hiver et ferme d’été mais à ce jour ce n’est plus nécessaire. Une
20aines de Xhosas (ethnie locale) travaillent sur l’élevage. En fait il était
ingénieur chez WW en Allemagne mais finalement il est revenu sur les terres
familiales. La laine est exportée en Chine et en Italie alors que la viande
part en Arabie Saoudite. Il nous explique aussi pourquoi il y a un tel trafic
de camions sur cette route. Ce sont des camions de manganèse qui viennent
depuis les mines au nord à presque 1000km ) jusqu’à Port Elisabeth.
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| Le légendaire arbre à cure dent... attention aux pneus |
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| Encore un super spot pour la nuit |
Puis vient enfin notre 1ère réserve africaine le
Mountain Zebra National Park. Pas de lions ou éléphants ici mais des zèbres de
montagnes (à poils longs), des buffles du Cap et toutes sortes d’antilopes ( Stembocks,
Springbock, Gemsbock) entre lesquelles j’ai bien du mal à m’y reconnaitre. On
est quasiment seuls et les paysages sont grandioses… une belle entrée en
matière avant le Karoo National Park où là nous pourrons traquer ze Lion.
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| Le fameux zèbre des montagnes |
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| bisous, bisous |
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| Un Vervet monkey |
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| Un Kudu |
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| Un Steenbock |
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| Un hipopo mais il était à Saint Lucia, lui |
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| un animal sauvage...en balade |
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| Anne ma soeur Anne... rien sur 200km |
Notre périple vers l’Ouest s’étire dans cette région désolée
ou les routes sont bordées de centaines de kilomètres de clôtures derrière
lesquels se trouvent le bétail. Nous venons d’arriver à Graaf Reinet une petite
ville au look très afrikaneer avec ses maisons blanches et leur préau. C’est le
siège du syndicat national des éleveurs de mérinos. Un peu avant nous avons
visité une curiosité locale dans un bled encore plus paumé que vous l’imaginez
mais qui semble attirer une population fan de New Age en saison. The Owl
House : Ici tout est l’œuvre d’une artiste locale : Helen Martins,
une institutrice née à la fin du 19eme siècle et qui finit par se suicider en
1976. Elle est sans aucun doute une digne représentante de l’Art Brut et a passé une
grande partie de sa vie à transformer sa maison et son jardin en une sorte
d’univers visionnaire largement inspiré par la Bible et l’orientalisme de Omar
Khayam. Tous les murs ont été recouvert de manière obsessionnelle par du verre
coloré pilé qu’elle conservait dans des bocaux, le jardin baptisé « Camel
Yard » accueille une sorte de procession de plus 300 sculptures de béton et verre représentant des chouettes, des chameaux, des paons tous tournés vers
on ne sait quel Dieux en adoration. Très impressionnant et assez émouvant comme
univers.



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| maison à l'architecture typique de Graaf Reinet |
Voilà, voilà demain on fera étape vers le Karoo National
Park où nous en profiterons pour observer la seule Full Blue Moon de l’année en
Afrique du sud. On ne devrait pas trop subir de pollution de lumières de la
ville…
Allez BISOUS et à bientôt à tous (le lion déteint je me mets à faire des grimaces), et que les Franchouillards gagnent les Blacks ... ici on se fait trop chambrer !
J’adore voyager avec vous ! Aucun problème technique ne vous résiste et vous débusquez de superbes coins.
RépondreSupprimerAllez, je retourne dans mon canapé…
Merci pour ce récit qui nous tient en haleine !
RépondreSupprimerMerci beaucoup pour cette évasion partagée, bises à tous les deux, Christian
RépondreSupprimerGénial!!!❤️
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